24.12.2008

Sur les ailes du chant

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Il y a bien longtemps que j'ai laissé en supension la rubrique "Invention sonore". Non pas que la matière manque, bien au contraire, mais tout simplement plus le temps, trop d'inventeurs à présenter par ailleurs, ... Depuis le début de mes recherches sur l'invention sonore dans la littérature, j'ai débusqué quelques perles assez fantastiques, dont celle-ci, trouvée dans le roman de science-fiction Sur les ailes du chant  de Thomas M. Disch :  

La première perception qu'on en ait est une sorte de chant de sirène que jouerait un diapason, loin, très loin, aparemment inoffensif, cela ne pouvait être comparé à rien, sinon peut-être au système solaire lui-même. Il y avait des roues dans les roues, des rouages au sein des rouages, en une récession infinie. Et on passait de l'un à l'autre, on les traversait dans une sorte d'exaltation mathématique, un déroulement régulier d'Eurékas ! Chacun d'eux pour ainsi dire accordé une octave plus haute que le précédent.

Mais c'est tout le roman de Disch qui mérite qu'on s'y attarde. A travers le récit de la jeunesse de Daniel Weinreb, homme ordinaire,  et de  sa quête éperdue du chant, nécessaire à l'envol et à l'oubli, Disch trace le portrait d'une Amérique décadente et désespérée. Un livre majeur, d'une rare qualité d'écriture.

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Pour accompagner cette lecture, Nelki de Frédéric Nogray, paru sur l'excellent label de Satoko Fujimoto, Prele Records, déjà responsable de plusieurs enregistrements remarquables, tel celui de l'Orgue de bois d'Eric Cordier et Denis Tricot. La musique acoustique de Frédéric Nogray, enregistrée par Eric Cordier et jouée exclusivement sur bols de cristal de roche, se développe au travers de longues plages inspirées et hypnotiques.
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Une piste pour prolonger cette lecture :  un colloque, Le son des rouages organisé par Calenda, sur les représentations musicales des rapports homme-machine au 20ème siècle s'est tenu en 2007 à Paris. Lire résumé  ici. Programme complet .

29.12.2007

Un Pianocktail pour le réveillon

Comment fait-on, maintenant ? demanda l'antiquaire.
Colin se leva et ouvrit le petit panneau mobile en faisant la manoeuvre, et ils prirent les deux verres remplis d'un liquide avec des irisations d'arc-en-ciel. L'antiquaire but le premier en clappant sa langue.
- C'est exactement le goût du blues, dit-il. De ce blues-là même. C'est fort, votre invention, vous savez.
- Oui, dit Colin, ça marchait très bien.
- Vous savez, dit l'antiquaire, je vais sûrement vous en donner un bon prix.
- J'en serais très content, dit Colin. Tout marche mal pour moi, maintenant.
- C'est comme ça, dit l'antiquaire. Ca ne peut pas toujours aller bien. [...]
- Si je jouais Misty Mornin' ? proposa l'antiquaire. Est-ce que c'est bon ?
- Oui, dit Colin, ça rend formidablement, ça donne un cocktail gris perle et vert menthe, avec un goût de poivre et de fumée
. C'est Boris Vian dans l'Ecume des jours qui décrit ainsi ce singulier instrument dénommé pianocktail. Et aujourd'hui d'autres rêveurs inspirés par l'objet ont relevé le défi et ont donné corps et sons à cette machine à cocktails d'un nouveau genre. Géraldine Schenkel, entre cirque, théâtre et récital désacralisé, réinvente le piano du grand Boris, et c'est pas triste !d0e4f49c3caab189cfff37da54ddd45c.jpg A voir et à écouter ici (Merci Gilles pour le lien !)

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19.10.2007

Harpe éolienne

Le vent souffle sans arrêt depuis deux jours. Un peu fatiguant à la longue, mais ça me donne une occasion rêvée de reparler des harpes éoliennes, si souvent évoquées par les écrivains ou les musiciens : "A peine levé, j’allai m’asseoir au fond de mon bosquet de rosiers, et, machinalement, sans avoir la conscience de ce que je faisais, j’ouvris à deux battants la porte de ma harpe éolienne. En un instant, des flots d’harmonie inondèrent le jardin ; le crescendo, le forte, le decrescendo, le pianissimo, se succédaient sans ordre au souffle capricieux de la folle brise matinale." C'est Hector Berlioz en 1853, dans "Euphonia ou la ville musicale", qui décrit ainsi fort joliment le charme et l'envoûtement produit par ce drôle d'instrument. Mais c'est Athanasius Kircher qui vers 1650, reprenant les principes décrits dans les textes anciens, élabore la harpe éolienne. De nombreux sites sont consacrés aux passionnés du vent , en particulier celui du luthier Uli Wahl, sur lequel on peut entendre de nombreux extraits éoliens.


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14.12.2006

Les machines célibataires de Raymond Roussel

medium_roussel.2.jpgJ'avais promis d'alimenter régulièrement cette rubrique, consacrée à l'invention sonore dans la littérature. Et puis, trop d'infos sur les "chercheurs de sons" m'ont conduit à la mettre en sommeil. Aujourd'hui, c'est avec un texte d'un auteur à part, - un original dans le meilleur sens du mot - : Raymond Roussel, que je poursuis mon exploration de la littérature sonore. Le texte est extrait d'un de ses plus fameux romans, "Locus Solus", publié en 1914 :

"Frenkel, avec succès, acheva, comme premier modèle, un rectangle entièrement métallique d'épaisseur inappréciable, symétriquement divisé en huit carrés pareils, qui, se suivant deux par deux, avaient tous un émeraud installé à leur centre. Chaque patte, tendant à se mouvoir, subissait l'étreinte d'une minuscule guêtre de métal, soudée à une bielle actionnant un ensemble de roues couchées à plat dans le sens général de l'objet. Finement dentés, moyeux et pourtours s'emboîtaient à la file, contraignant chaque roue à gagner en vigueur ce qu'elle perdait en vitesse ; la première, mue directement par la bielle, tournait sans peine grâce aux remuements de la patte en détresse, alors que, lente et robuste, la dernière, avec une série de piquants plantés dans son moyeu, poussait périodiquement l'extrémité d'une lamelle effilée qui, une fois lâchée, vibrait en rendant un son pur. Individuellement pourvus de six pattes donnant chacune sa note, les huit émerauds couvraient chromatiquement à eux tous cette étendue comprenant quatre septièmes majeures : medium_note2.gif

 

 

Et pour accompagner la prose rousselienne, quoi de plus adéquat que cet "Orchestre Thermo-Dynamique", tiré de la Boîte n° 3 (malheureusement épuisée) de Pierre Bastien :
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29.06.2006

Do-twit à trous jaunes

Do-twit
Découvert sur le site oulipien www.fatrazie.com cet étonnant instrument, sorte d'ocarina mou à la Dali qui ne dépareillerait pas dans le "Catalogue des objets introuvables" de Carelman.  En voici une brève description : "Instrument de musique d'origine néo-zélandaise, constitué par un noeud en caoutchouc creux, avec trois trous répartis en surface. Le do-twit tient dans le creux de la main et lorsqu'on le presse il émet un son plus ou moins aigu et sifflant en fonction du ou des trous que l'on bouche avec les doigts de la main qui le presse. Comme le galoubet il est donc acessible aux personnes monomanuées."
Plus d'infos ici

19.04.2006

Rêves sonores

medium_roussel.jpgDès notre plus jeune âge, on nous implante dans la poitrine de fines particules de métal. Ces paramécies métalliques émettent des signaux inaudibles qui voyagent dans l'air jusqu'à la matrice où sont centralisées les données de nos vies. Elles s'assemblent entre elles sous l'aspect d'étroits filaments dorés et figurent de nos coeurs de longues excroissances téléscopiques, formant à la périphérie de nos corps, telles les auréoles des saints, une corolle d'or. A chaque battement, les fils frémissent et s'agitent doucement, brassant le sang de nos artères, apportant surcroît d'une vitalité qui nous fait cruellement défaut.
Arthur Cromlech, Machines, 2005.
       Si vous connaissez d'autres textes comme celui-ci, ou comme ceux de Raymond Roussel ou de Boris Vian, merci de me le faire savoir. Je suis à la recherche de textes littéraires évoquant l'invention sonore sous outes ses formes : instruments, machines musicales et autres objets sonores imaginaires. J'en ai déjà récolté un grand nombre au cours de mes lectures et de mes investigations sur la Toile. C'est à Pierre Bastien que je dois le point de départ de ce travail. Il avait publié il y a quelques années un très bel article sur ce thème dans Musica Falsa. Tout un monde sonore ignoré se cache entre les pages des livres de nos bibliothèques qui ne demande qu'à être découvert et entendu.