27.11.2009

Gare au gaffophone !

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Attention, gare aux oreilles ! Le spécialiste des gaffes en tous genres est de retour, armé de son engin sonore à haut risque, le Gaffophone. Il fallait bien qu'un jour je me décide à consacrer un post au plus célèbre instrument de la bande dessinée. C'est André Franquin, créateur de l'immortel Gaston Lagaffe, qui a imaginé et dessiné cet instrument détonnant. Après avoir successivement joué de la guitare électrique modifiée, du trombone à coulisse, de la guitare sèche, du bombardon, mais aussi façonné une multitude d'inventions toutes plus farfelues les unes que les autres, Gaston joue du gaffophone pour la première fois le 9 mars 1967 dans la planche 449 du n°1508 de Spirou. A cette occasion, Fantasio propose de le baptiser Brontosaurophone, en raison de son aspect préhistorique mais c'est finalement le terme de gaffophone qui sera conservé par Gaston, plus conforme aux caractéristiques comportementales récurrentes de son personnage. Pour créer l'instrument, Franquin s'est inspiré d'une harpe africaine qui était exposée au Musée Royal de l'Afrique centrale de Tervuren. Mais, comme Gaston  l'explique à Spirou  : "Je me suis inspiré d'un instrument africain, mais j'ai perfectionné... le principe est simple : une vibration du tonnerre avec une résonance maximum...". C'est la partie rédactionnelle des aventures de Gaston et les illustrations dans le Journal de Spirou qui ont mis progressivement l'instrument sur le devant de la scène, en particulier dans les n°s 1528, 1529, 1530, 1531 et 1600, ainsi que pour quelques mémorables illustrations de couverture. Dans le catalogue accompagnant une récente exposition consacrée au monde d'André Franquin à la Cité des Sciences, voici comment est expliquée la gêne engendrée par l'audition de l'instrument : " Les cordes de son gaffophone vibrent intensément et sa caisse de résonance est particulièrement efficace. Mais la caisse de résonance n’amplifie pas toutes les harmoniques de la même façon : elle participe au façonnage du son final, résultant de la superposition des harmoniques sélectionnées. Une caisse de résonance qui n’amplifie que des harmoniques peu mélodieuses donne à l’instrument un son désagréable à entendre. C’est peut-être là que réside l’origine du son désagréable du gaffophone. Encore une gaffe de son inventeur !". Signalons au passage que pour Gaston Lagaffe, ce n'est pas la seule occasion de faire de la musique puisque, outre les instruments  cités ci-dessus, il joue aussi de la guitare de camping, du violon paralysant, de l'appeau à taupes, et fait également partie de plusieurs ensembles instrumentaux, dont les Moon Module Mecs, les Gnap Gnap Gnap et Les Rois des Sons.

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Devant le succès rencontré auprès des lecteurs, un concours , "Fabriquez un gaffophone", est même organisé et annoncé le 29 février 1968 dans le n°1559 de Spirou. Le jury éclectique compte parmi ses membres Jacques Dutronc, Sheila, Pierre Tchernia, Jean-Pierre Beltoise et Frank Pourcel. A cette occasion de nombreux instruments seront présentés, dont il ne subsiste aujourd'hui dans le meilleur des cas que quelques photographies ou même un petit film amateur mis récemment en ligne par le neveu d'un des participants, Luc Lebrun. Les noms des gagnants du concours furent donnés dans le n° 1560 : 1er prix : Jacques Simon (Nanterre), 2ème prix : Hermo dal Corso (Marseille), 3ème prix : Yves et Luc Lebrun (Neuilly). Il semblerait qu'il existe également un enregistrement sonore dudit instrument. A quand un hommage au gaffophone par certains musiciens et inventeurs actuels ? En attendant, on peut continuer à se régaler les mirettes et les zygomatiques en dégustant les nombreuses planches dédiées à l'instrument. Et devant l'abondance des illustrations glanées sur le net et ailleurs, j'ai décidé d'ajouter un nouvel album à découvrir dès aujourd'hui.

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13.11.2009

Erno Kiraly

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Les oeuvres écrites par le compositeur et ethnomusicologue yougoslave Erno Kiraly ne devraient pas décevoir les lecteurs de ce blog. Entre composition savante et improvisation, écriture et expérimentation, elles sont très souvent jouées sur des instruments inventés par Kiraly lui-même. En 1974, il crée le le citraphone, un instrument constitué d'une  grande caisse de résonance sur laquelle sont fixées cinq cithares de taille et d’accords différents. Les cithares sont construites de façon que les frets se trouvent placés à un quart de ton les uns des autres sur la touche. L'étendue totale de l’instrument est de cinq octaves. Pour renforcer l'amplitude sonore,  16 capteurs ont été ajoutés, permettant l'intégration de l'instrument dans un orchestre de chambre.

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Puis en 1976, il invente le tablophone, dont voici la description sommaire : une plaque en tôle, légèrement recourbée, de 1 mm d’épaisseur, de dimension de 70 cm x 50 cm, sur sa face gauche il a été fixé différents objets susceptibles de produire des sons tempérés ou non tempérés, sur la face droite une feuille de papier sur laquelle sera tracé le dessin ou l’écriture. Il plusieurs façons de jouer de cet instrument : taper, frotter, pincer, faire vibrer etc.

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"Le but de cette invention est de rendre non seulement visibles mais aussi audibles les lignes du dessin ou de l’écriture, autrement dit le dessinateur-musicien utilise les deux médias au moment de la création." (Erno Kiraly).
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On retrouve ces instruments plus quelques autres, dont le zitherphone, sur "Spectrum", un enregistrement édité par Autobus, le label de Dragibus, distribué en France par Métamkine. Chez Orkhestra, un autre enregistrement intéressant à découvrir, "Phoenix", qui rassemble plusieurs oeuvres composées entre 1960 et 1990.

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22.10.2009

L'Arc

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Pour faire suite à mon post d'hier, quelques musiciens actuels se sont  également intéressés aux possibilités de l'arc musical. Ainsi l'anglais Max Eastley, créateur de sculptures et d'installations sonores, qui commença sa carrière dans les années 70 en enregistrant sur le label d'ambient music de Brian Eno, Obscure. Depuis de nombreuses années, il joue de l'Arc, sorte de violoncelle minimaliste, un instrument monocorde bâti autour d'un corps en bois de près de trois mètres et d'une corde unique. Le ton est modifié en influant sur le bois, il peut aussi racourcir la corde pour changer le ton, puis ensuite ajouter différents effets électroniques. La corde unique de l'instrument est frottée et raclée à l'aide d'un archet. Elle produit des sons sous-marins propices au rêve et à l'imaginaire. Max Eastley a enregistré plusieurs disques en compagnie de David Toop, un des maîtres de l'ambient, dont le célèbre New and Rediscovered Musical Instruments, paru en 1975 sur le label Obscure, dans lequel il joue de l'Hydrophone, du Métallophone, du Centriphone et de l'Elastic Aerophone. Il a aussi enregistré deux albums en 2001 et 2007 avec le duo Spaceheads, trompette, batterie et electroniques, sur Bip Hop, label marseillais spécialisé en electronica, créé par Philippe Petit. A signaler une galerie photo consacrée aux sculptures et installations sonores de Max Eastley dans le n° 291 (mai 2008) de The Wire.

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16.10.2009

Bifröst

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La famille des arcs musicaux, instruments de musique à cordes de la famille des cordophones que l'on trouve aussi bien dans les cultures les plus archaïques que dans d'inombrables cultures contemporaines (Encyclopedia Universalis),  compte de nombreuses déclinaisons et quelques virtuoses. Parmi ces derniers, la chanteuse Buffy Sainte-Marie qui a largement contribué à populariser cet instrument en l'utilisant pour s'accompagner lors de ses concerts. Pour en savoir plus sur les Mouth Resonated Instruments, vous pouvez visiter le site Mouthmusic.

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L'une des plus récentes variations de l'instrument a été inventée par le musicien Christopher Vila Monasterio, installé à Sainte Cécile du Cayrou en Midi-Pyrénées. Elle présente la particularité de compter quatre cordes alors que la plupart des moutbows ou arcs à bouche (ou plus justement arcs en bouche) n'en comporte qu'une, voire quelquefois deux. Comme pour la guimbarde, c'est la bouche qui sert de caisse de résonance tandis qu'on frappe les cordes avec une baguette. On peut aussi en jouer de plein d'autres façons... Toutes les cordes de l'instrument sont accordables, ce qui offre beaucoup de possibilités mélodiques et harmoniques... Il s'agit d'une sorte d'arc composé ou pluriarc, selon la définition qu'en donne la Médiathèque de Bruxelles. Christopher les fabrique à partir de plusieurs essences de bois tels que buis, acacia, bambou, houx. Le nom de l'instrument, Bifröst, c'est dans la mythologie Viking, le pont arc-en-ciel qui relie le monde des hommes au monde des Dieux, la terre au ciel... un pont vers l'absolu. Et la musique jouée sur le Bifröst se révèle en totale harmonie avec la dénomination de l'instrument. Voici comment Christopher en parle :   Le Bifröst et la façon d'en jouer sont nés de l'inspiration qui est venue à moi par vagues successives, comme un courant béni, qui tout à coup nous traverse, nous embrasse, et nous remplit d'infini... ce courant mystérieux et sauvage, peuplé de lumière, qui nous prend par surprise et disparaît subitement, ne laissant derrière lui qu'une immense gratitude.

 

30.05.2009

Le Retour du Cor à gidouille

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Il y a quelques jours, je consacrais une note au Cor à gidouille, instrument joué en certaines occasions par Boris Vian. Au vu des quelques images de l'objet, j'avais supposé qu'il s'agissait d'un instrument inventé par l'auteur de L'Ecume des jours. Un premier échange de mails avec Paul Braffort, chanteur, mathématicien, me permis d'apprendre que ce dernier ne savait rien sur l'instrument mais se souvenait par contre d'avoir souvent imaginé avec son ami Boris "ce que pourrait être un "piano à couleurs", ignorants que nous étions de la symphonie "Prométhée", de Scriabine (1910), tout comme du "Spectrophone" de Zdenek Stepanek (1925), sans parler de Diderot !" Sur les conseils de paul braffort, je me suis ensuite orienté vers la Fondation Boris Vian par laquelle j'ai pu en savoir un peu plus. Il s'avère en effet que le dit instrument doit plus son côté inventif à son nom qu'à sa conception. "Le cor à gidouille n'est pas un instrument "inventé" par Boris Vian, mais plus simplement baptisé ainsi. Il s'agit d'un cor de chasse à 18 tours dit "d'Orléans", et parce que les 18 tours rappelent la gidouille du Père Ubu, il est devenu communément son "Cor à gidouille"

Et dans la famille des cors, trompes et autres instruments soufflés, voici un autre souffleur à gidouille, ici une trompe circulaire jouée par Laurent Taquin dans la Chapelle de Verre à Ronquière (Belgique).


26.05.2009

Piano optophonique

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En 1916, bien après le Père Castel et son Piano à couleurs (1725), l'artiste futuriste russe Vladimir Baranoff-Rossiné invente un instrument électronique à lecture optique : le Piano optophonique.

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Voici, à la troisième personne, une description de l'instrument par son inventeur : Imaginez que chaque touche d'un clavier de piano d'orgue immobilise dans une position choisie, ou fasse mouvoir plus ou moins rapidement un élément déterminé dans un ensemble de filtres transparents qu'un faisceau de lumière blanche traverse et vous aurez l'idée de l'appareil conçu par Baranoff-Rossiné. Les filtres lumineux sont de plusieurs sortes : des filtres simplement colorés - des éléments d'optique tels que prismes, lentilles ou miroirs - des filtres comportant des éléments graphiques, d'autres enfin comportant des formes colorées à contours définis. Ajoutez à cela la possibilité d'agir sur la position du projecteur, sur le cadre d'écran, sur la symétrie ou l'asymétrie des compositions et de leurs mouvements et sur son intensité, et vous pourrez reconstituer ce piano lumineux qui servira à interpréter une infinité de compositions musicales. Interpréter en effet - car pour le moment, il ne s'agit pas de trouver une seule et unique traduction d'un ouvrage musical existant, pour lequel son auteur n'a pas prévu une superposition lumineuse. En musique, comme en tout autre art l'interprétation, le talent, la sensibilité de l'interprète sont des éléments par lesquels il faut bien passer pour pénétrer la pensée de l'auteur. Le jour où un compositeur écrira à la fois, avec une notation dont il reste à déterminer les éléments en musique et en lumière, l'interprète aura un moindre degré de liberté, et ce jour-là, sans doute, l'unité artistique dont nous parlions, sera beaucoup plus parfaite..."

Quelques images statiques très psychédéliques des disques optophoniques

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Si l'invention de Baranoff-Rossiné  a rencontré peu d'écho lors de sa création et dans les années qui suivirent, de nos jours certains musiciens contemporains poursuivent des recherches sur les relations son et lumière.

23.04.2009

Cor à gidouille

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Saviez-vous que Bison Ravi, Brisavion ou Baron Visi alias Boris Vian, qui était aussi ingénieur, eût à son actif, outre le célèbre pianocktail de L'Ecume des jours, plusieurs inventions dont le gidouillographe, appareil à fabriquer les gidouilles, la roue élastique, ou encore le cor à gidouille à 18 tours ? Avec ce dernier, le grand Boris,  s'amuse à sonner l'appel sur la terrasse de son appartement lors de réunions des membres de l'Ordre du Collège de Pataphysique dont il fut Satrape et Promoteur. Du cor à gidouille, j'avoue ne pas savoir grand chose, ne l'ayant jamais entendu ni même vu. Je n'en connais que cette photo et ce dessin de Vian lui-même extraits du livre Images de Boris Vian, publié chez Horay en 1978. Une des nombreuses chansons que Vian ecrivit, La Java martienne, évoque aussi des musiciens jouant une musique de rêve sur de bien curieux instruments, les bazouks et les strapons.

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A ces moments perdus (qui devaient être rares) Boris Vian peignait et sculptait dans un esprit pas très éloigné de l'art brut, si l'on en juge d'après ces quelques figurines taillées dans le bois.
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16.09.2008

Musique sur un fil

Quelquefois, les bruits des ressorts ne font qu'accompagner la musique, comme dans cet étonnant instrument inventé par  Laurent Mortain dans le cadre d'un stage d'artistes mené par le Centre d'Expressions Musicales du Havre. Un fil de fer est tendu au plafond à l'aide d'un contre-poids et tandis qu'un ressort descend le long du fil, le musicien joue à l'aide d'un archet une musique qui évoque étrangement la musique indienne.

05.09.2008

Arbre à ressorts

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Après cette longue interruption estivale, retour à la musique de ressorts. Dans mon dernier billet, Spring Music,  j'avais rapidement présenté le travail de Pierre Berthet autour de la prolongation d'instruments. Voici aujourd'hui celui du percussionniste Florent Haladjian, membre du Quatuor Hêlios. A la suite d'un contact avec Dominique Répécaud du CCAM de Vandoeuvre autour d'un projet de solo de musique improvisée, Florent Haladjian élabore un nouvel instrument à base d'un réseau ressorts amplifiés et d'une table de mixage utilisée comme instrument électronique. Cet arbre sonore sera également utilisé en octobre 2002 pour le spectacle  Spaghetti's Club de Jean-Luc Therminarias et Jean Lambert-Wild. Une vidéo à voir ici.

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19.07.2008

Spring Music

Chercheursdesons prend des vacances, le blog ne reprendra son rythme de croisière au long cours que vers le début septembre. Quelques billets en août si je trouve un peu de temps pour les écrire. Pour patienter jusqu'à la rentrée, voici un premier billet sur la spring music ou musique à ressorts, qui sera sûrement à épisodes car la matière ne manque pas. De nombreux chercheurs de sonorités inédites se sont tournés vers les ressorts qui offrent de multiples avantages.  On les trouve facilement et le plus souvent à un coût dérisoire voire inexistant et il en existe une variété immense. En fonction des techniques utilisées, les sons produits sont d'une grande variété.

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Le musicien  Pierre Berthet travaille depuis de nombreuses années à la prolongation d'instruments. Il a ainsi prolongé des ressorts de locomotive et de camion à l'aide de fils d'acier reliés à des bidons, mais également des compresseurs, des cloches, des pianos et des haut-parleurs. On peut entendre un extrait ici.

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